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KILLZONE 3

Souvenez-vous, c'était en 2006. Lors de l'E3 plus précisément. Pour vanter les mérites de sa PS3, Sony diffusait un trailer incroyable du futur Killzone 2. Un photo-réalisme phénoménal, des explosions titanesques et une tension palpable sur le champ de bataille. Forcément, après un tel ramdam médiatique, on avait été un peu déçus à la sortie de ce deuxième épisode qui, en dépit de ses innombrables qualités, était assez éloigné des promesses initiales du constructeur. Changement total de décor quelques années plus tard avec l'arrivée imminente de Killzone 3. Fort des certitudes acquises récemment grâce à ses autres exclusivités, la PS3 ne s'est pas sentie obligée cette fois-ci de nous en mettre plein la vue avec des vidéos pipeaux. De son côté, le studio Guerrilla a pu s'appuyer sur un moteur qui a déjà fait ses preuves et se concentrer sur les points faibles du jeu précédent, notamment sur le manque de variété de sa campagne solo. On le sent bien avec ce troisième épisode, les développeurs se sont lâchés comme jamais. Ils nous livrent un très grand spectacle vidéoludique, un pur rollercoaster avec des flingues, du sang et des méchants aux yeux rouges. Que demander de plus ?

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Red is Dead

Pour ceux que ça intéresse, sachez que la majeure partie du jeu se déroule six mois après les événements du précédent volet. Pour combler quelque peu cette ellipse, des flash-back ont été incorporés en guise de transition entre certains chapitres. Ils nous permettent de retrouver un Sev dépité sur les marches du palais de Visari, exactement comme on l'avait quitté à la fin de Killzone 2. Il faut dire aussi que la guerre entre l'ISA et les Helghasts a pris une tournure encore plus crépusculaire depuis l'assassinat du leader des Higs. Non seulement, les ennemis sont plus déterminés que jamais à renvoyer les Terriens d'où ils viennent. Mais ils comptent aussi mener la contre-attaque directement sur la planète bleue. On prend connaissance de ces manigances lors des réunions de l'état-major Helghast, autant de séquences où l'on sent bien que le studio batave s'est largement inspiré des régimes totalitaires du 20e siècle pour élaborer ses vilains. La constellation de caricatures tantôt hitlériennes, tantôt staliniennes qui déblatèrent furieusement en est d'ailleurs une preuve évidente. Bref, avec Killzone 3, il ne faut pas s'attendre à autre chose qu'à du manichéisme. Dialogues crus, remobilisation de sous-fifres à coup de discours couillus et festival d'actes héroïques rythment une aventure convenue mais jamais désagréable à suivre malgré tout.

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Salade batavia

On avait beaucoup reproché à Killzone 2 son côté monochromatique, aussi bien du point de vue visuel que sur le plan du gameplay. Le studio néerlandais a semble-t-il tenu compte de ces reproches et s'est appliqué à énormément diversifier son mode solo. Sans vouloir trop en dévoiler, sachez que le titre propose en vrac des séquences de guérilla urbaine au milieu des ruines, du gros shoot bourrin dans un sublime dépotoir, des phases en jet-pack au cœur de paysages enneigés et même de l'infiltration silencieuse dans une jungle où les insectes grouillent et les plantes explosives... explosent. Killzone 3 réussit le tour de force de se renouveler en permanence sans jamais s'éparpiller. On reste constamment sous tension, que l'on blaste les lignes ennemies aux commandes d'un mécha surarmé ou que l'on se faufile discrètement dans le dos d'un Helghast pour l'exécuter sans un bruit. Autrefois austère et campée sur une ligne directrice immuable, la série Killzone est parvenue à démultiplier son concept. Et de toutes les qualités de cette troisième mouture, c'est définitivement cette pluralité inattendue du gameplay que l'on retient en premier lieu.

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Est-ce que c'est toi John Wayne, ou est-ce que c'est moi ?

De manière plus spécifique, Killzone 3 propose aussi quelques particularités intéressantes. Tout d'abord, on note que l'I.A a encore été améliorée, aussi bien du côté des ennemis que des alliés. Les Helghasts adoptent des comportements plus variés par exemple. Certains tentent de vous encercler, d'autres se carapatent lorsqu'ils se sentent débordés. Quant à vos collègues de l'ISA, ils sont enfin en mesure de vous réanimer si jamais vous approchez du trépas. S'ils sont à proximité, Rico ou Narville parviennent à vous coller une petite décharge qui vous remet sur pied. Cette petite innovation a le mérite de rendre l'action plus frénétique car moins entravée par des game-over radicaux. Du côté de la maniabilité, on remarque aussi quelques ajustements. Le passage de la couverture au zoom est plus délié et n'accuse plus les soubresauts fâcheux du deuxième épisode. Et pour les esthètes du gunfight, il y a même la possibilité « vanquishienne » de sprinter jusqu'à un spot de couverture et de déraper avec style pour se mettre à l'abri. La classe ! Dans la même veine classieuse, on apprécie l'ajout de nouvelles armes, comme ce fusil à particules Helghast dévastateur ou bien ce fameux Jet-Pack équipé de mitrailleuses qui donne lieu à des fusillades aériennes du plus bel effet. Allez, permettons-nous tout de même un petit reproche au sujet des phases de shoot'em up au volant de blindés ou de méchas. Ces dernières se montrent parfois un peu foutraques, surtout vers la fin du jeu quand elles finissent par s'apparenter à du « die and retry. » Jusqu'à ce que l'on comprenne d'où viennent ces fameux missiles qui nous ont injustement dégommé.

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Dans le Move ou pas ?

Mais ces quelques morts intempestives ne masquent pas la durée très réduite de la campagne solo de Killzone 3. En difficulté « soldat », huit petites heures suffisent pour voir défiler le générique de fin. On ne saurait donc que trop conseiller aux habitués de la série de débuter directement en « vétéran », histoire de pimenter un peu la chose. Cela dit, le jeu ne se limite pas à sa seule campagne principale. Campagne que l'on peut d'ailleurs retraverser de différentes manières, que ce soit grâce au coop en écran partagé, au Move, voire en 3D pour les plus cacous d'entre vous. Si du côté du coop, le dynamisme du jeu permet de s'amuser immédiatement et de passer outre la scission en deux de l'écran, on est toujours aussi dubitatif concernant la jouabilité au Move. Attention, on ne dit pas que le système déraille ou qu'il ne convient pas. Au contraire, même. Le problème, c'est qu'on ne voit pas du tout l'utilité de cette fonctionnalité qui ne possède aucune valeur ajoutée par rapport au pad. A nos yeux, Killzone 3 reste définitivement un soft calibré pour une bonne vieille manette des familles.

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Total War

Il y a une dernière chose, et non des moindres, qui sublime encore davantage Killzone 3 : sa réalisation. Le jeu est porté par une mise en scène folle furieuse qui n'hésite pas à abonder dans la surenchère et la démesure pour notre plus grand plaisir. Les champs de bataille sont gigantesques et regorgent de scripts spectaculaires. On a constamment l'impression d'être plongé au cœur d'une guerre totale, un conflit qui ne se limite pas à ce que l'on voit à l'écran. Guerrilla est aussi parvenu à conserver son identité et une certaine cohérence dans son univers en dépit de la variété des lieux visités. Parmi ceux-là, mention spéciale à la casse mécanique et à la jungle, deux lieux que l'on peut qualifier sans exagérer de somptueux. Ce dernier exemple est finalement bien révélateur de ce qu'est Killzone 3. Après avoir joué aux deux premiers épisodes, qui pouvait s'attendre à effectuer une mission d'infiltration dans une forêt tropicale dégénérée dans le troisième volet ? Avec ses surprises, ses innovations, ses améliorations et surtout ses variations, cet épisode prouve que la série est arrivée à maturité et qu'elle a encore de beaux jours devant elle si elle continue sur cette voie.


  • En résumé

 

En gommant les défauts de son prédécesseur et en saupoudrant sa formule avec des ajouts bénéfiques, Killzone 3 tutoie la perfection. Le jeu est dynamique, varié, il nous cloue au fauteuil du début à la fin sans nous laisser une seconde de répit. Et même si les mois prochains seront généreux en matière de jeux comparables, on peut tout de même déjà placer le jeu de Guerrilla parmi les candidats les plus sérieux au titre de meilleur FPS de l'année.

 
  • Les plus
  • Du grand spectacle en permanence
  • Des situations variées
  • Une réalisation qui en jette
  • Les moins
  • On n'aurait pas craché sur une ou deux heures de plus

note : 18/20



03/04/2012
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