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Papo & Yo

 

Méconnu, pour ne pas dire inconnu, avant le dernier E3, Papo & Yo a, depuis, fait énormément parlé de lui. Véritable surprise du salon californien, cette exclusivité PSN s’est en effet distinguée par sa thématique pour le moins singulière : l’alcoolisme parental. Une audace suffisante pour parler de nouvelle perle du jeu indé ?

 

VERDICT :

Annoncé comme une des potentielles surprises de l’été, Papo & Yo n’est au final qu’une énorme déception. La volonté d’aborder dans un jeu vidéo des sujets aussi graves que l’alcoolisme et la maltraitance est une excellente chose en soit. Hélas, l’exécution ne suit pas, les idées non plus, et, en dépit des thèmes soulevés, on se retrouve au final face à un titre émotionnellement aride.

Les plus :
  • Une thématique originale et osée
  • Une vraie volonté de bien faire
  • Des musiques agréables
Les moins :
  • Techniquement faiblard
  • Gameplay et puzzles décevants
  • Maladroit à tous les niveaux
NOTE : 11/20
Papo & Yo

Derrière Papo & Yo, on trouve Minority Media Inc., une équipe montréalaise dont c’est la première production. Et à la tête de ce studio, il y a un certain Vander Caballero. On ne va pas se mentir, chez nous non plus ce nom n’évoque pas grand-chose. Et pourtant, le bonhomme n’en est pas à son premier fait d’armes. Présent dans l’industrie depuis au moins une bonne décennie, Caballero est notamment passé par Electronic Arts où, en plus de son travail sur certains FIFA, Sims et autres Need for Speed, il a contribué au lancement de franchises comme Army of Two et Boogie. Des titres au propos inepte, il faut bien le dire, qui le pousseront à quitter son petit confort chez le géant américain. Si l’on prend le temps de vous parler de lui, c’est parce que Papo & Yo est une œuvre directement inspirée de son histoire personnelle ; de son enfance pas franchement heureuse durant laquelle son père aimant pouvait devenir terrifiant, violent même, dès qu’il cédait à l’appel de la boisson et des stupéfiants. Une œuvre en partie autobiographique, donc, et dont le thème inhabituel témoigne d’une certaine ambition narrative et artistique.

papo yo

Fuir la réalité

Exorciser un tel trauma n’est certainement pas chose facile. Et le faire tout en essayant de toucher des inconnus est un exercice d’autant plus compliqué. Pour tenter d’y parvenir,  Papo & Yo nous plonge dans un jeu de plates-formes / réflexion situé en plein dans l’imaginaire du petit Quico. Un univers solidement ancré dans sa réalité – une favela sud-américaine – mais non moins empreint d’une certaine dose de fantaisie. Ici, au détour d’un mur, d’un toit ou à même le sol, notre jeune héros peut tomber sur toutes sortes de motifs blancs. Un engrenage à actionner, une corde à tirer, une clef à remonter ou encore un levier à pousser sont autant de moyens d’interagir avec l’environnement. Apprendre à les repérer est donc primordial pour faire apparaître un escalier, soulever une partie du sol ou déplacer des maisons entières et s’ouvrir un chemin. Dans son imaginaire, Quico est aussi accompagné de Lula, un petit robot qui lui sert à actionner des mécanismes à distance et fait office de jet-pack pour défier un peu plus longtemps la gravité. Un outil donc, mais aussi une sorte de doudou qui le rend plus fort, le rassure par sa présence, et avec lequel il peut accomplir des choses dont il ne serait pas capable autrement.

Papo Yo

Papa glouton

Car même en se réfugiant dans son petit monde à lui, Quico reste hanté par sa plus grande peur : les excès de violence de son paternel. Représenté par une créature gigantesque, ce dernier est pourtant d’un naturel assez calme, accompagnant notre jeune héros les trois quarts du temps sans causer la moindre vague. Monstre, comme il est simplement baptisé,  en devient même docile lorsque Quico lui tend une noix de coco. Et une fois qu’il a mangé tout ce qu’une zone compte en fruits, il se laisse carrément assoupir. Cette gourmandise, Quico peut en tirer parti pour manipuler Monstre à peu près comme il le souhaite. Une sorte de système de coopération en solo comme on a pu en voir énormément ces dernières années, en somme. Mais, derrière ce partenaire a priori bien sous tous rapports se cache, comme vous le savez, un part d’ombre. Incontrôlable en présence de grenouilles vénéneuses – métaphore  des psychotropes dont il raffole –, Monstre déchaîne carrément ses foudres lorsqu’il en vient à en ingérer une. Jusqu’à ce que l’on lui offre un fruit bleu, sa seule obsession sera alors de pourchasser sans relâche son fiston pour lui en coller une.


Papo & Yo repose donc sur des mécaniques relativement simples. Tellement simples qu’il ne prend même pas la peine de s’appuyer sur le moindre artifice de mise en scène pour indiquer la route à suivre. Il sera toujours possible de s’aider des boîtes d’indices et d’explications lorsqu’une zone en contient. Mais entre un level design tout sauf tortueux et des puzzles qui consistent la plus grande partie du temps à interagir avec tous les symboles blancs que compte le décor, on ne peut pas dire qu’il risque d’user notre matière grise. La première d’une longue série de déceptions.

Papo Yo

Constat d’échec

Bien qu’on ait conscience du caractère indépendant du jeu, il faut bien admettre que la technique de Papo & Yo est tout ce qu’il y a de plus daté. Nombreux sont les titres à avoir démontré qu’il est possible de marquer les esprits sans réaliser une prouesse formelle. Mais dans le cas présent, il est bien difficile de fermer les yeux sur ses nombreuses insuffisances tant elles tendent à nuire à l’expérience de jeu. Entre sa mise en scène sans relief, ses problèmes d’affichages ou son animation anachronique,  Papo & Yo agace plus qu’il ne nous parle. Et le constat en devient plus accablant encore lorsque cette faiblesse technique nuit directement au gameplay. Avec une caméra hasardeuse et un moteur physique flottant, il est délicat d’appréhender les distances et réussir les sauts mêmes les plus anodins.

Papo Yo

Mais au final, et c’est ce que l’on retiendra,  Papo & Yo n’est surtout pas parvenu à imbriquer son propos dans une mécanique de manière réellement cohérente. On pensait se retrouver face à un junkie exigeant une certaine attention pour pouvoir progresser. On se retrouve en vérité avec une brave bestiole dépourvue de nuances, qui ne parvient jamais à nous surprendre, et suivant  scrupuleusement un déroulement somme toute assez scripté. Si en arrivant dans une nouvelle zone Monstre se met à roupiller, comprenez qu’il faudra s’aider de son bidon pour bondir au loin, ou qu’il s’agit se passer purement et simplement de ses services… Papo & Yo échoue aussi dans sa tentative de mettre en scène un père bienveillant mais potentiellement dangereux. Il ne parvient jamais à affirmer Monstre dans son rôle paternel ni à faire souffler ce vent d’incertitude, ce sentiment de menace permanente que ce dernier est censé représenter.  On peut parler de véritable gimmick tant la présence de grenouilles est rare et rigoureusement contrôlée par le déroulement de l’aventure. Ici, durant trois à quatre heures, on se contentera de résoudre des puzzles – si tant est que l’on puisse les appeler ainsi – sans la moindre difficulté et sur un rythme plutôt monotone. Et ce n’est pas le final, que l’on vous laisse évidemment découvrir, qui changera la donne.



18/08/2012
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